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Victor Hugo (mariage)

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Voici le chapitre du mariage de Victor et d'Adèle, tel que M. Pierre Foucher l'a fixé dans ses Souvenirs :

« La santé ébranlée de ma femme me faisait chercher à lui procurer des distractions.
Nous nous trouvions tout l'été hors de Paris, mais non loin de la ville, à cause des bureaux.

« Le jeune Victor Hugo était des nôtres à Gentilly; nous avions établi son quartier
dans une tourelle où il composa sa petite ode de la Chauve-souris et une partie d'un
de ses recueils lyriques. Je l'avais vu dans sa première enfance, malingre, chétif et
ne paraissant pas vouloir de la vie. A Gentilly c'était un jeune homme florissant
de santé et vivant dans la plénitude de ses facultés intellectuelles. Déjà ses poésies
l'avaient porté aux premiers rangs de la littérature; déjà M. de Chateaubriand
l'avait proclamé l'enfant sublime! Pour nous, nous attachions plus particulièrement du prix
à la droiture de son caractère et à l'innocence de ses goûts. Nous atteignîmes
le jour où le sort de ma fille Adèle devait être lié au sien.

« Ce projet avait eu ses vicissitudes. Pour mon compte, une carrière toute littéraire
m'avait effrayé d'abord j'y voyais beaucoup de tribulations et peu d'argent.
Mme Hugo sans doute par une raison contraire à la mienne, n'était pas disposée
plus favorablement.

« On était donc convenu, de part et d'autre, que le poursuivant serait catéchisé,
écarté, et surveillé. Mais que sont de pareilles déterminations contre une
volonté du cœur, d'un cœur énergique, surtout contre une volonté de Victor Hugo.

Lorsque Je le croyais tranquille à Paris, le jeune poète s'était dirigé à pied vers
Dreux, où nous étions pour quelques jours, marquant son passage sur cette
route, par son ode touchante du Vallon de Cherizy. Nous l'avions aperçu rôdant
autour de la maison que nous occupions dans la petite ville, chez le frère de notre
belle-sœur Asseline. Il m'avait fallu avoir là une explication avec lui. Il y avait
montré une résolution profondément arrêtée il avait opposé argument à argument
il répondait de sa destinée : -sa mère était morte, son père était pour lui. En
effet, une lettre du général Hugo n'avait pas tardé à nous être adressée, et les choses
en étaient là quand Victor fut reçu à Gentilly. La demande formelle du général
nous fut remise et l'amant descendit de sa tourelle pour partager comme mari le
logement de notre fille. »

Mme Hugo, dans son livre de Victor Hugo raconté, a aussi son chapitre de
l'aube rayonnante et des jeunes amours sous l'aile des grands parents; ce sont les
confidences de l'amante après celles du père :

« Victor, pendant que son livre paraissait, était à Gentilly, où Mme Foucher avait
loué cette année-là. Il avait obtenu de passer l'été près de sa fiancée. Mme Foucher
occupait un étage d'un ancien presbytère où il n'avait pas trouvé de chambre libre;
mais la-maison, rebâtie et toute moderne, avait laissé debout une vieille tourelle de
l'ancienne construction où il y avait une chambre, vrai nid d'oiseau ou de poète.
Quatre fenêtres percées aux quatre points cardinaux recevaient le soleil à toute
heure.

Les deux fiancés se promenaient dans le jardin et causaient de leur avenir si
prochain maintenant, en regardant le soleil disparaître derrière la colline. Un autre
couple se croisait avec eux; c'était le petit-fils de la propriétaire et la fille du docteur
Pariset, qui allaient aussi se marier dans quelques semaines; ils s'arrêtaient à chaque
plate-bande, et le futur faisait à la future de gros bouquets qu'elle avait peine à
porter. Les quatre amoureux allaient, venaient, rayonnaient.

« Un jour Victor apporta à sa fiancée un papier soigneusement plié et épinglé.
Elle crut qu'il contenait quelque fleur précieuse et l'ouvrit avec précaution; il
s'en échappa une chauve-souris. Elle eut grand'peur et ne pardonna cette vilaine
surprise qu'en lisant les vers écrits sur le papier la Chauve-souris. »

Cette chauve-souris, qui a une place dans les Souvenirs de M. Foucher, que
Victor a chantée dans ses premières Odes, et dont sa fiancée eut si grand'peur, partageait
avec le soupirant son logis de la tourelle de Gentilly « Attends », lui dit-il,
dans ses vers impatients :

Attends qu'enfin la vierge, à mon sort asservie,
Que le ciel comme un ange envoya dans ma vie,
De ma longue espérance ait couronné l'orgueil.

Gentilly Cherizy ! paysages dorés par l'amour,
vallons heureux qui eurent leurs premiers sourires.
Le poète a inscrit vos noms dans l'histoire des amants immortels.

Au vallon de Cherizy il avait dit :

Ah! laissez-lui chanter, consolé sous vos ombres,
Ce long songe idéal de nos jours les plus sombres,
La vierge au front si pur, au sourire si beau!
Si pour l'hymen d'un jour c'est en vain qu'il l'appelle,
Laissez du moins rêver à son âme immortelle
L'éternel hymen du tombeau.

Au vallon de Gentilly, en 1823, un an à peine après son mariage, faisant son
premier pèlerinage au berceau de son bonheur, il a marqué sa visite par ces vers :

Vallon! j'ai bien souvent laissé dans ta prairie,
Comme une eau murmurante, errer ma rêverie,
Je n'oublierai jamais ces fugitifs instants;
Ton souvenir sera dans mon âme attendrie,
Comme un son triste et doux qu'on écoute longtemps!

Tous les contes de fée finissent par une moralité. M. Pierre Foucher termine
ainsi le récit du mariage de sa fille Adèle :
« Il y a neuf à dix ans de cela. Adèle est mère de quatre enfants charmants.
Victor Hugo, dans un état de fortune rassurant, est une des grandes célébrités du siècle. »

«Victor Hugo intime», Alfred Asseline, Paris 1885

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