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Ce fut le 8 octobre que le général de Rheinbaben, pour appuyer le duc de Mecklembourg, vint s'établir à Houdan, avec le gros de ses forces. Le même jour, une vingtaine de hussards prussiens, appartenant au 10e régiment de Magdebourg et à la 13e brigade de cavalerie (général-major de Redern), se présentèrent à Chérisy, où ils firent des réquisitions, et poussèrent jusqu'à Dreux. Arrivé aux portes de cette ville, le chef de la patrouille fit remettre au maire un billet réclamant des logements pour une colonne imaginaire dans laquelle figuraient deux régiments d'infanterie. Le maire répondit aux hussards que la ville de Dreux ne se rendrait pas à une poignée de fourrageurs, et que s'ils ne se retiraient pas au plus vite, les habitants allaient leur donner la chasse. L'officier ennemi, tirant sa montre, persista plus que jamais à annoncer l'arrivée prochaine de la colonne qu'il disait précéder il jugea prudent toutefois de faire demi-tour, et se retira à fond de train sur Chérisy. Là, les hussards faisaient une halte pour prendre leur repas et laisser souffler leurs chevaux, quand, vers deux heures de l'après-midi, ils furent surpris par des gardes nationaux de Dreux, qui, s'étant mis à leur poursuite, leur tuèrent un cheval et leur firent un prisonnier.

Comme on l'a vu plus haut, le 2° bataillon de la garde mobile de l'Orne était arrivé à Dreux quelques jours auparavant; de là il s'était porté à Nogent- le-Roi, en observation sur Epernon, qui avait été occupé par les Allemands à la suite du combat du 4 octobre. Ayant appris l'apparition des hussards prussiens à Dreux, le commandant des Moutis se rendit dans cette dernière ville sans perdre de temps, et, dans la nuit du 8 au 9, il prit ses dispositions pour recevoir l'ennemi, s'il se présentait de nouveau. Le 9 octobre, un détachement combiné, fort d'environ deux compagnies, deux escadrons et deux pièces, revint en effet à Chérisy pour prendre les réquisitions que les hussards avaient levées la veille. Vers onze heures, les Allemands sont en vue : fidèles à leur tactique, ils fouillent les bois de leurs obus, et en couvrent le terrain dans toutes les directions, afin de tenir les nôtres à distance. Des gardes nationaux de Dreux et des volontaires des environs s'étaient portés sur Chérisy dès le matin, afin de maintenir l'ennemi de front et de le menacer sur sa droite tandis que les mobiles de l'Orne l'attaqueraient sur son flanc gauche. A une heure, ces derniers, venus de Villemeux, entrent en ligne à la vue de ces compagnies qui débouchent des bois de Marsauceux, l'ennemi se retire précipitamment, sans prendre le temps d'enlever ses réquisitions, et laissant derrière lui quelques fantassins chargés de garder le pont de Chérisy. Attaqué vigoureusement, ce petit poste est bientôt enlevé par les nôtres, et le reste de l'infanterie bavaroise, forcé d'abandonner son butin et de passer sous le feu des éclaireurs de Dreux, embusqués dans les bois de Raville, est promptement mis en déroute. Dans cette affaire, un ou deux des nôtres seulement furent blessés les fantassins bavarois du 2e régiment « Prince royal » essuyèrent des pertes sensibles trois d'entre eux furent tués, et une dizaine blessés ou faits prisonniers. En apprenant les résultats de la journée, le sous-préfet de Dreux appela les gardes nationaux les plus rapprochés de la ligne du chemin de fer, et demanda des renforts. A sa sollicitation, le 3e bataillon de la mobile de l'Orne (commandant Boudonnet) reçut l'ordre de se porter sur Dreux, afin de coopérer avec le 2e bataillon à la défense de cette ville.

Le commandant des Moutis, prévoyant bien que, fidèle à ses habitudes de représailles, l'ennemi reviendrait en force pour venger son échec de la veille, fit barricader, dans la matinée du 10 octobre, les ponts de Chérisy et de Mézières; le premier fut gardé par les mobiles, le second par les gardes nationaux du pays. A droite, des éclaireurs de Dreux (capitaine Troncy) occupèrent les bois qui s'étendent vers Marsauceux; à gauche, d'autres volontaires (capitaine Laval) furent dirigés sur les bois de Raville. Une compagnie de mobiles avait été établie de grand'- garde en avant de Chérisy; vers onze heures et demie, cette compagnie se repliait à la bâte sur la barricade, annonçant la présence d'une colonne ennemie qu'elle évaluait à deux mille hommes, infanterie, cavalerie et artillerie. Quelques instants après, le canon commençait à fouiller les bois puis les uhlans hanovriens du 13e régiment parcouraient rapidement une ligne allant de Germainville au village de Mézières; arrivés aux abords de ce village, ils furent accueillis par la fusillade de nos tirailleurs, qui leur tuèrent un homme, en mirent un autre hors de combat, et blessèrent cinq ou six chevaux. Derrière ces cavaliers, les tirailleurs bavarois s'étaient déployés à droite et à gauche des hauteurs de Chérisy, et, sous la protection de leur artillerie, ils forcèrent les nôtres à rallier leurs réserves. Sur ces entrefaites, des détachements de la garde nationale de Laigie, suivis du 3e bataillon de la garde mobile de l'Orne, arrivèrent comme renforts. Ce dernier bataillon fut formé en deux colonnes l'une devait tourner l'ennemi sur la droite, par la vallée de l'Eure et le village de Mézières l'autre, s'avancer par la gauche, en longeant le chemin de fer, jusqu'à la ferme de la Mésangère; mais la colonne de gauche se vit arrêtée au tunnel du Petit-Chérisy, et celle de droite, en arrivant dans le village de Mézières, essuya quelques coups de canon, qui causèrent dans ses rangs une hésitation bientôt changée en panique. Le mouvement était manqué; mais au centre, le commandant des Moutis, avec les mobiles de son bataillon, armés de fusils Chassepot, et avec les gardes nationaux de Dreux, se maintint dans ses positions et contint les efforts de l'ennemi, qui essaya plusieurs fois, mais inutilement, de s'emparer du pont de Chérisy.

Pendant ce temps les fantassins bavarois, la torche à la main, mettaient le feu à la ferme de la Mésangère et à une soixantaine de maisons de Chérisy. C'était un nouvel exemple de la guerre de terreur; le général de Bredow, car c'était lui, renouvelait les scènes de Mézières, par lesquelles il s'est acquis dans ces malheureuses contrées une renommée impérissable. Vers quatre heures, son œuvre de dévastation achevée et sa vengeance assouvie, il reprit le chemin de Houdan, laissant derrière lui Chérisy en flammes. Au même moment, les éclaireurs de la brigade de Redern, venus de Maule, faisaient éprouver le même sort au village de Septeuil. Là un hussard ivre, du 10e régiment de Magdebourg, tirant à tort et à travers dans les rues, avait tué un habitant inoffensif Quelques gardes nationaux exaspérés s'embusquèrent et firent expier ce meurtre aux hussards; mais ceux-ci, pour se venger à leur tour, mirent le feu à une douzaine d'habitations et se livrèrent au pillage, sous les yeux de leurs chefs, qui, lorsqu'ils le voulaient, savaient faire respecter la propriété et la vie humaine.

Après avoir occupé quelques instants les ruines de Chérisy, les nôtres s'étaient repliés sur Dreux dans la soirée, ayant perdu dans cette affaire deux tués et une douzaine de blessés. Le 3e bataillon de l'Orne s'étant en grande partie dispersé pendant l'action, le commandant des Moutis, sans artillerie, restait seul avec son 2e bataillon, fatigué par une lutte de deux jours et à court de munitions; il n'était pas en force pour défendre Dreux d'une manière efficace, dans le cas où l'ennemi chercherait à lui faire subir le sort qu'il venait d'infliger à Chérisy. La ville de Dreux, située au fond d'une vallée et dominée de tous côtés par des hauteurs, n'était pas défendable avec d'aussi faibles ressources; en conséquence, il se replia dans la nuit du 10 au 11 sur Vert en Drouais; là, il trouva un ordre du général de Malherbe, lui enjoignant de diriger son 2e bataillon sur Verneuil et le 3e sur Laigle.

Rolin, Louis-Paul, La guerre dans l'ouest : campagne de 1870-1871, E. Plon, Paris, 1874, 406 p.

Notes et référencesModifier

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